Présentation

Depuis la table ronde « È oggi possibile o augurabile un nuovo REW ? » organisée lors du Congrès de linguistique romane de 19951, la communauté des linguistes romanistes caressait l’espoir de la mise sur le chantier d’un nouveau dictionnaire étymologique panroman sur le modèle du REW (Romanisches Etymologisches Wörterbuch) de Meyer-Lübke. En janvier 2008, il s’est constitué une équipe internationale, surtout franco-allemande (autour du FEW à l’ATILF et du LEI à l’université de la Sarre), qui se propose de rebâtir l’étymologie du noyau commun du lexique héréditaire roman (quelque 500 étymons) selon la méthode de la reconstruction comparative – méthode jugée jusque là peu rentable en romanistique en raison du témoignage massif du latin écrit – et d’en présenter l’analyse phonologique, sémantique, stratigraphique et variationnelle sous une forme lexicographique-informatique. Ses travaux ont donné lieu au Dictionnaire Étymologique Roman (DÉRom).
Le projet nourrit aussi un dessein plus vaste, qui lui est consubstantiel ; dès son origine, il s’est en effet fixé trois objectifs, qui sont autant d’enjeux stratégiques : changement de paradigme, fédération des forces vives et formation de la relève en étymologie romane. Le DÉRom est donc plus qu’un dictionnaire : c’est aussi un mouvement. Le projet apparaît en effet comme le vecteur d’un changement de paradigme en cours en étymologie romane, où la méthode traditionnelle, fondée, en définitive, sur les données du latin écrit, est en passe d’être remplacée par celle de la méthode comparative. Le DÉRom a bénéficié d’un vaste mouvement d’adhésion parmi les romanistes ; il mobilise aujourd’hui plus de cinquante chercheurs implantés dans douze pays européens. Le projet joue ainsi un rôle fédérateur au sein d’une communauté scientifique qui se présentait auparavant de manière assez fortement dispersée. Enfin, la formation de la relève est un des objectifs déclarés du projet, car à l’heure où le paysage de la recherche européenne est soumis à des restructurations en profondeur, il paraît important d’œuvrer pour la sauvegarde et le développement du savoir-faire en étymologie romane – non seulement en Allemagne et en France, mais partout en Europe.
1. Chambon (Jean-Pierre)/Sala (Marius) (éd.), 1998. « Tavola rotonda. È oggi possibile o augurabile un nuovo REW ? ». In : Ruffino (Giovanni) (éd.) : Atti del XXI Congresso internazionale di linguistica e filologia romanza (Centro di studi filologici e linguistici siciliani, Università di Palermo 18-24 settembre 1995). Tübingen : Niemeyer : 3 : 983-1023.